lundi 3 février 2020

Willy Wauthier, un trazegnien mercenaire musical...

lundi 3 février 2020

 Willy Wauther, mercenaire musical...

En guise d'introduction...

Voici une dizaine d'année qu'eut lieu à la salle des fêtes de l'Hôtel de Ville de Trazegnies une exposition organisée par la Bibliothèque de Courcelles et intitulée "Courcelles Jazz".
Dimanche 01/09/1957 - Archives Willy Wauthier
Lors de la préparation de l'expo, je rencontre par hasard Jeannine et Willy Wauthier. En cours de conversation, j'apprends inopinément que Willy a été musicien de jazz dans les années 50-60.

Me voilà interloqué... Cela faisait une vingtaine d'année que je connais Willy et c'est la première fois que j'entends parler de son passé musical. J'avais bien lu un ou deux articles de journaux mentionnant le fait qu'il participait à des concours de musique classique d'accordéon en qualité de membre du jury sans me douter que lui-même jouait de cet instrument.

Tout de suite intéressé par la chose, je lui demande s'il peut prêter des documents pour l'expo à la bibliothèque. Réponse : "je ne sais pas si j'en ai gardé et dans l'affirmative, où, ils se trouvent" [sic]. Une voix dit alors : "moi, je sais".

C'est son épouse qui vient de parler et une chose étonnante me frappe : Jeannine regarde Willy de la même manière dont  elle devait le regarder quand elle fut séduite par notre fringant accordéoniste quelques années plus tôt.

C'est ainsi qu'une partie de l'expo "Courcelles Jazz" put être consacrée à Willy Wauthier.

Encore mille fois merci Jeannine.

Notice biographique

Willy Wauthier a toujours vécu à Trazegnies. Mais, il est est né par accident à Pont-à-Celles le mercredi 2 octobre 1935, jour de l'invasion de l’Éthiopie par les troupes de Mussolini.
Willy & Co à la Maison du Peuple de Trazegnies ? - Archives Willy Wauthier
Willy est le fils d'Edmond Wauthier et d'Henriette Régis[sic]. Après avoir fréquenté l'école communale des garçons et l’École moyenne de Trazegnies, il étudie l'ergonomie.
Il débute sa carrière professionnelle à l’Atelier central des Charbonnages de Monceau-Fontaines. Ensuite, il est engagé par la Société D'Ieteren à Bruxelles qui, a l'époque, fabrique des voitures Volkswagen, Porsche et Studebaker.

D'Ieteren doit s'agrandir et doit faire un choix quant à la production de voitures. C'est Willy qui conseillera à la firme de se séparer de Porsche.

En 1954-1955, Willy effectue son service militaire dans les transmissions à la 7e Cie TTr basée à Liège. Chef de section, il a sous ses ordres des vétérans de la Guerre de Corée. Son peloton s'occupe des transmissions entre l'O.T.A.N., le Congo, les Ministères de l'Intérieur et de la Défense.


Deux ans plus tard, le 26 septembre 1957, il convole en justes noces avec Jeannine Petit. Trois filles et un garçon viendrons illuminer et illuminent toujours leur union.

C'est vers cette époque que Willy est engagé par la firme aéronautique Boeing Company pour travailler aux U.S.A. Pour ce faire, Willy et Jeannine doivent se rendre une quinzaine de jours à Seattle afin de trouver un logement

Mais, un peu avant leur départ, Willy est convoqué à l'Ambassade des États-Unis à Bruxelles. Là, il lui est signifié que son contrat ne prendra pas effet car, le gouvernement américain n'a pas voté les subsides pour la construction d'un nouvel appareil.

Mais, qu'à cela ne tienne ! Dans le même temps, il décroche contrat pour participer à l'expédition du capitaine d'aviation Frank Bastin en Antarctique en 1958-59. Soit une période de 18 mois. Jeannine est enceinte de son premier enfant et ne souhaite pas être séparée de son mari pendant une si longue période. Après d'âpres discussions avec sa future épouse, Willy ne partira pas.

Mais, il retombe vite sur ses pieds en matière d'emploi. Il entre chez Caterpilar à Gosselies toujours pour s'occuper de gestion du travail et il y fait carrière
délaissant peu à peu la musique.
 

Mais, venons-en au sujet qui nous occupe ici : le musicien Willy Wauthier.

La musique que Willy aime, c'est le jazz et son instrument favori, l'accordéon. Instrument dont il apprendra à jouer avec l'accordéoniste Alfred Henry qui lui donne des cours privés.
Alfred Henry - Archives Willy Wauthier
Déjà vers l'âge de 12-13 ans, Willy joue dans les cafés. Selon les lieux, il se déplace à pied ou en vélo, accordéon au dos. Il participe aussi à de nombreux concours.

Cependant, Willy suit également une formation musicale classique. Dans un premier temps, il apprend le solfège à l'Académie de Musique de Courcelles. Au moment de choisir un instrument, il doit se rabattre sur la clarinette. En effet, l'accordéon n'est pas enseigné dans les écoles de musique car, jugé trop vulgaire.
 
Il se rappelle avoir marqué Raymond Degueldre, le directeur de l'Académie de Courcelles par l'excellence de ses résultats : 99% dans toutes les matières. Du jamais vu...
 
En parallèle, Willy apprend les percussions et le vibraphone au Conservatoire de Charleroi. Ensuite, il entre au Conservatoire de Mons pour apprendre l'harmonie et la composition.
 
Dans un soucis de perfectionnement, il prendra des cours d'harmonie chez Georges Legrand de Gosselies. 

Un de ses condisciples n'est autre que Raymond Hartéon de Souvret.
Raymond Hartéon jeune - Archives Jean-Marie Hartéon
Parallèlement, il continue à se produire. La carrière musicale de Willy est prolixe et difficile à structurer quant aux dates. C'est pourquoi, celle-ci vous est livrée ci-après "en vrac".

Après le Consevatoire de Mons, il met sur pied une grande formation de jazz. L'expérience sera de courte durée et Willy monte une formation beaucoup plus modeste. Le saxophoniste Robert Lequeux et le batteur Georges Hennequière en font partie.
N'ayant pas de nom "officiel", le groupe est renseigné sur des enregistrements de la firme de disques RONNEX sous l’appellation de "L'ensemble Willy Wauthier".

Disque RONNEX - Archives Willy Wauthier
Willy Wauthier et son ensemble ? - Archives Willy Wauthier

Cependant, Willy et ses musiciens sont appelés à aller jouer en Allemagne et ils leur faux un nom de scène. Le quintette prend alors le nom d'"Edy Lep", nom qui leur restera par la suite. 

Quintette "Edy Lep"- Archives Willy Wauthier
C'est sous ce nom qu'ils se produisent par la suite à Charleroi "Aux Caves de Gambrinus" à l'occasion lors du cabaret artistique "Images de Wallonie" ayant lieu dans le cadre du 10ème Salon des Arts ménagers. Nous sommes le vendredi 15 novembre 1963.

Quintette "Edy lep" - Archives Willy Wauthier
Également prévu au programme ce jour-là, le courcellois René Godeau ainsi que Claude et Daniel présentés comme des virtuoses du xylophone.

Willy est également comme beaucoup de musiciens un mercenaire et court le cachet. Dans les années 50-60, il est possible pour un musicien de jouer tous les jours de la semaine.

C'est ainsi qu'il est amené à jouer avec Dany-André et ses boys lors de bals et qu'il joue du vibraphone sur un des enregistrements de la chanteuse de l'orchestre, Irène Courcel.

Irène Courcel et Dany-André - Archives Irène Courcel
 
Enregistrement où Willy joue du vibraphone - Document Luc Heuchon
Un jour, alors qu'il se trouve dans les locaux des disques RONNEX, il croise Salvatore Adamo venu pour l'enregistrement d'un disque. En sortant, celui-ci dit dans le creux de l'oreille de Willy de ne pas signer de contrat avec la firme car, les conditions sont malhonnêtes.

Pour Willy, c'est trop tard. Il est déjà "mains et pieds liés". En effet, il avait déjà signé un contrat comme musicien de studio.

Souvent, Willy remplace l'accordéoniste-pianiste souvrétois Ernest Cordier, membre de l'orchestre du Casino de Knokke. Il lui arrive également de jouer ailleurs en Flandre et pour ce faire, lui et les autres musiciens se déplacent en train avec leurs instruments.

Un jour, Willy et des musiciens gouytois doivent se produire à Anvers. Leur contre-bassiste est indisponible et est remplacé par un musicien résidant à Charleroi. Cette fois, ils bénéficient d'une voiture 4 CV Renault. Les quatre musiciens s'y entassent vaille que vaille avec leurs instruments et installent la grosse caisse sur le toit.

Au retour, ils reconduisent le bassiste à Charleroi et constatent qu'ils ont perdu la grosse caisse. Ils rebroussent chemin à faible allure en scrutant la route à la recherche de l'instrument. Ils la retrouvent à Anvers.

En outre, Willy se produit lors de ducasses. C'est ainsi qu'il joue pendant les 15 jours de la foire de Courcelles au café jouxtant le Cinéma Royal, les samedi, dimanche et mercredi. Il se produit accompagné soit d'un bassiste ou d'un batteur.



Précisons que Willy ne joue que la musique qu'il aime : le JAZZ. Un jazz "Old School" : Louis Armstrong, Sidney Bechett, Ella Fitzgerald, ...

 
Il accompagne les "Anne Sisters" à leurs débuts. C'est ainsi qu'il fera la connaissance du futur époux de Connie Hill, "Big" Jim Heremant, fondateur du "Big Jim's Ragtime Band". Ce dernier l'incitera à tâter de la basse. Mais, Willy n'accrochera pas à l'instrument.

Connie Hill, Big Jim, Marie-Jo et Jacques Defossez - Archives Pascal Walraevens
Pendant tout un temps, il lui arrive aussi de jouer régulièrement, avec des groupes à géométrie variable, à des soirées dansantes organisées par la communauté juive de Charleroi. Ces soirées ont toujours lieu un jour de semaine de 20 à 24 heures "dans une ambiance du tonnerre".

A Charleroi, il a même joué dans un caboulot "Le Chat noir" et un autre troquet tenu par un courcellois dénommé Devos, horticulteur de son état.

Signalons également qu'il a également collaboré avec un groupe de musique "exotique", "Les Chakachas". Le groupe était notament composé d'une chanteuse espagnole métisse et de deux musiciens de Marchienne-au-Pont.


Et, c'est Willy et non Raymond Hartéon qui a été le dernier accordéoniste du chanteur carolo Bob Dechamps.

Signalons aussi que Willy a écrit des chansons restées inédites à ce jour et qu'il fut également arrangeur et harmoniste.

Et, il ne faut pas oublier qu'après avoir consacré une partie de sa vie à la musique, il a créé le club philatélique de Trazegnies "Traphila" en 1977 dont il fut le président jusqu'à la dissolution du club en décembre 2017 faute de repreneur.

Willy fut également très actif dans le secteur des personnes âgées en présidant le mouvement social des Ainés"ENEO" jusqu'à sa dissolution le 14 décembre 2018. En subsiste la section "Thraso" qui édite, vaille que vaille, une petite revue  consacrée à l'histoire locale de Trazegnies.

Source biographique


Interview de Willy Wauthier / Luc Heuchon en août 2019

Alain Richir et Luc Heuchon
Reproduction partielle autorisée à condition de citer la source.
Contact : alain.luc.richir.heuchon2@gmail.com 





vendredi 22 mars 2019

Edgard Druine, premier chanteur lyrique courcellois à faire carrière.


Avertissement 

L'article consacré à Edgard Druine n'a pas la prétention d'être exhaustif. En effet, il n'est pas évident de trouver pléthore d'articles et de témoignages à son sujet. C'est d'ailleurs pourquoi les années 30-40 sont peu couvertes. En outre, nous savons qu''il a enregistré à plusieurs reprises mais les sources discographiques restent discrètes à ce sujet. 


Le jeudi 21 mars 1878 à Courcelles, Edgard, Victor, Emile  Druine pousse ses premiers cris. Une grande basse chantante est née.

Edgard Druine (1912) - Coll. Luc Heuchon
Edgard Druine est le fruit de l'union d’Émile, Joseph, Ghislain Druine, né le 11 septembre 1853 et de Catherine Bernard, originaire de Courcelles et née le 25 janvier 1855. Le père d'Edgard était originaire de Braine-l'Alleud. Ce dernier fut dans un premier temps menuisier puis, fabriquant de meubles et commis des Postes. Les parents d'Edgard unissent leurs destinées le 20 novembre 1875 à Courcelles.

Pour comprendre le choix d'Edgard Druine d'étudier la musique, il faut savoir que son père Émile était le fondateur de la "Fanfare Indépendante" (1) de Courcelles. Le local servant aux répétitions était l'atelier de menuiserie paternel.

Ces divers éléments ne pouvaient que concourir à encourager le jeune Edgard à envisager une carrière musicale. Cela donne à penser qu’Edgard Druine était doué. 

Pourquoi en effet, Philippe-Joseph Meurée (2) décide-t-il de former le jeune Edgard Druine alors qu'il n'enseigne plus à l’École de Musique de Courcelles ? Par la suite, Edgard Druine continue à étudier le chant au Conservatoire de Liège.


Edgard Druine fait ses débuts de chanteur dans la chorale « La Courcelloise » qui participe au concours international de chant organisé à Namur en 1899. 
A cette occasion, il chante en soliste.

En 1906, Edgard Druine termine ses études musicales au Conservatoire royal de Liège. Notre courcellois peut être fier de lui car, il a obtenu les 1ers prix de Chant et d'Art lyrique. Pendant ses études dans la Cité ardente,  l'élève Druine
habite à la rue du Pont des arches, n° 4.

Commence alors pour lui une carrière internationale.
Avril 1908, Edgard Druine se produit au Havre dans dans deux opéras avec en chanteurs vedettes : le ténor Girod et la cantatrice  Rigaud-Labbens.

En ouverture de saison, il chante dans "Lakmé". Son interprétation donna lieu à un commentaire élogieux dans la presse : "M. Druine, dans le rôle de Nilakanta, a de suite conquis son public par sa belle voix mâle et la simplicité de son jeu."

"Mignon" où il interprète le rôle du comte des Grieux. Edgard Druine sut donner au personnage toute l'autorité nécessaire et  "... il fut distingué à souhait."

Le 13 septembre 1908 une "Cour d'Amour", présidée par l'écrivain thudinien Maurice des Ombiaux, a lieu à Lobbes. Edgard Druine fait partie du comité organisateur de cette manifestation littéraire et artistique.

Mais pas que ...  

Le journal "Comeodia" écrira au sujet de notre courcellois : "Edgard Druine, première basse chantante au Théâtre Royal de la Haye, à la voix chaude et réconfortante, qui, dans l’Hymne à la Jeune Wallonie a connu le succès pur des amis du beau."

Le samedi 26 juin 1909, Edgard Druine épouse Blanche Balieux à Marchienne-au-Pont. Le couple élit domicile à la rue Joseph Lefèvre à Marchienne-au-Pont. Le couple eut deux enfants : Gérald (2/10/1911 - 1940) et Josette (19/2/1919 - 1992), nés tous deux à Marchienne-au-Pont.

Le dimanche 12 septembre 1909 a lieu au Kursaal d'Ostende une "Grande Cour d'Amour" organisée par un groupe d'artistes et d'écrivains. 

Au programme, il est prévu un concert symphonique présentant des œuvres de compositeurs belges. L'orchestre est placé sous la direction du chef d'orchestre Métro Lanciani. Le concours des  ténors Edgard Druine, première basse chantante de l'Opéra Français de La Haye et de Raymond Hiernaux, baryton du Théâtre Royal de la Monnaie et du Grand-Théâtre de Nancy.

Il est également prévu un tournoi poétique réservé à tous les écrivains d'expression française et des conférences. La manifestation artistique se clôture en fin d'après-midi par un concert de l'organiste Léandre Vilain (4), originaire de Trazegnies.

Le 2 octobre 1909, l’opéra "Faust" de Gounod est joué au Théâtre royal de La Haye. Ce sont les grands débuts du ténor Louis Dister et Edgard Druine fait partie de la distribution. Il tient le rôle de Méphistophélès.

Concernant la période néerlandaise de notre concitoyen et ses prestations scéniques à l'Opéra royal français, nous en trouvons traces dans le quotidien français "Comoedia."  

En effet, ce journal publie une revue de presse des événements artistiques étrangers. C'est ainsi qu'en date du 10 mars 1910, nous pouvons lire : "M. Druine, l'excellente basse chantante... est particulièrement apprécié à la Haye où la presse locale ..." 

"Les Huguenots" : "M. Druine est un excellent Saint-Bris plein d'autorité, à la voix superbe. Il fait belle figure à la tête de ses partisans particulièrement à la bénédiction des poignards, menée avec énergie."

"La vie de bohème" : "M. Druine, Schaunard plein d'entrain, a chanté et joué avec son entrain habituel."

"Rigoletto" : "M. Druine, en Sparafucile, il n'est nécessaire de le dire, fut excellent comme d'habitude et fut associé aux rappels."

"Thaïs" : "Bien que nous formions des réserves sur l’œuvre elle-même, nous enregistrons avec plaisir le succès considérable qu'ont remporté Mme Simone d'Armand (Thaïs) et M. Druine (Athanaël). Ils furent rappelés plusieurs fois après chaque tableau et frénétiquement applaudis."

"Faust" : "M. Druine reste un fidèle soutien de cet opéra ; chacun sait quel relief il donne aux différentes scènes, on connait aussi sa belle voix qui, hier encore, résonna merveilleusement."

"Grisélidis" : "M. Druine a fait une saisissante création du rôle du Diable et on peut dire sans crainte que le succès de la soirée lui revient pour une bonne part. Toujours sautillant, agile et plein de verve, il est amusant à voir et à entendre. Notre basse chantante a su mettre en relief tous les détails dont fourmille ce rôle et à chaque transformation, il nous présente un type et un caractère différents. Je vous conseille d'aller le voir."

"Louise" : 

"M. Druine fut impressionnant dans le rôle du père ; il ne nous paraît pas possible de donner plus de vérité et de conviction dans la composition d'un rôle, et puis quelle belle voix conduite avec un art extrême. La scène finale fait passer un frisson intense dans l'assistance nombreuse, qui debout, acclame l'artiste au baisser de rideau."

"Au dessus de tous, il convient de citer M. Druine, admirable dans le rôle du Père dont il a fait une création magistrale. Aucun de ses prédécesseurs n'était parvenu à ce degré de perfection."

"Mignon" : "On a revu avec plaisir M. Druine dans le rôle de Lothario où sa voix si sympathique se fait admirer."


Dans son édition du 15 novembre 1911, la "Revue française de Musique" fait écho de la prestation d'Edgard Druine lors de la représentation de l'opéra "Les Huguenots" au Grand Théâtre de Lyon. 

Le moins que l'on puisse dire, cela n'est pas très élogieux pour notre courcellois : "... de M. Druine, basse- chantante, dont la voix cotonneuse ne prêta à celui de Saint-Bris, dans les Huguenots, qu'un fort insuffisant relief,..."

Le samedi 25 novembre 1911 a lieu au Théâtre d'Anvers le Gala de la "Wallonie". A cette occasion, le choix de l'opéra se porta sur "La Dame blanche" de .  Pour les deux rôles principaux, il fut fait appel à deux vedettes extérieures : le ténor Francell et la cantatrice Heilebonner. Quant à Edgard Druine, il chanta fort bien et fut un Galveston de belle allure.

Le 30 novembre 1911, nous pouvons lire dans le journal "Le Monde Artiste" : "Première de Don Quichotte, livret tiré de Lelorrain par M. Henry Gain, musique de M. Massenet. M. Pontet s'est fait un honneur de monter dignement Don Quichotte. Les chœurs ont chanté juste ! ! L'orchestre a été et s'est bien conduit, M. Druine (Don Quichotte) a joué avec intelligence ce rôle écrasant. Il fut applaudi ainsi que ses partenaires, MM. Vilette, Maréchal, Dubressy; Mme Bourgeois, fraîche dulcinée, et Mlle Lys.

En 1912, il est première basse à l'Opéra comique d'Anvers où il interprète de nouveau le rôle du père dans l'opéra "Louise".

Edgard Druine dans l'opéra Louise - Coll. Luc Heuchon
Cette même année, il est engagé par le Théâtre de La Monnaie avec Noté et d'autres pour chanter à la Fête de Meyerbeer, organisée à Spa. En effet, il a été prévu le dimanche 18 août une journée exceptionnelle pour l'inauguration du buste de l'auteur de l'opéra "Les Huguenots". Edgard Druine se fit encore remarquer pour son excellente interprétation de Saint-Bris.

En avril 1913, il interprète le rôle de  dans "Don Quichotte" au Théâtre de Caen. Le journal " L’Ouest-Éclair" écrira à son sujet : "M. Druine est une excellente basse que nous prête le Théâtre de Liège". Il fut un comte très furieux parfait d'autorité et d'émotion."

Au mois de juillet 1913, la ville de Marchienne-au-Pont inaugure son théâtre de plein air. Pendant deux jours, des artistes s'y sont produits à la grande joie d'un public nombreux et ravi. Le journal "Comoedia" relate l'événement dans son numéro daté du 25 juillet. Nous pouvons lire en substance outre le nom des chanteurs présents : "... et notre toujours sympathique enfant du pays, M. Edgard Druine, dont la voix chaude, prenante, et si bien conduite, fait les délices d'un public qui l'aime parce que c'est lui.

En 1914, Edgard Druine part quelques mois en Egypte ayant été engagé par l'Opéra Khévidial du Caire.

En février, il est Césaire dans l'opéra "Sapho" avec Marie Lafargues dans le rôle-titre. Ensuite, il enchaîne avec "Aïda".

Nous pouvons lire à ce sujet dans le journal "Comoedia" : "Trois personnalités se détachent nettement : celles de Melle Darney (Aïda), MM. Janaur (Amonasro), et Druine (le roi), et qui ont acquis les plus légitimes succès."

Dans le "Méphisto" du 3 avril 1914, nous pouvons lire : "...
M. DRUINE, notre ancien pensionnaire, a obtenu à l'Opéra Khédivial du Caire, un grand succès, dans « Le Chemineau ».

Puis, vinrent les heures sombres de la Première guerre mondiale. Comme beaucoup d'artistes belges, Edgard Druine se retrouve au chômage forcé et coincé en Belgique. Mais, il ne reste pas inactif. Il se produit à différentes occasions dans la région de Charleroi et souvent dans un but caritatif.

En 1916, il assure la direction artistique des œuvres jouées à la Salle Concordia du Cercle catholique à la rue de Montignies à Charleroi. C'est ainsi que furent montées, entre autres : Les Saltimbanques, La Mascotte,...

Le dimanche 26 mars 1916, il participe avec Melle Henriette Goosens «des Concerts classiques de Paris et de Monte-Carlo» à un concert donné au profit des soldats marchiennois prisonniers en Allemagne. Ce concert eut lieu « en matinée » à la Salle « Révelard » à Marchienne-au-Pont. Il prêtera également son concours au concert de l’Académie de Musique de Courcelles le dimanche 13 août de la même année.

Le samedi 30 juin 1917, le ténor Edgard Druine revient donner un récital dans sa commune natale. A cette époque, Edgar Druine est au sommet de son art.

A l'issue d’un concert où il a chanté des airs du compositeur Marc Delmas, c'est sous une véritable ovation qu'il termine son récital.

Le 21 juin 1919, il débute à l’Opéra de Paris dans le "Faust" de Richard Wagner et la même année, Edgard Druine chante, dans "Salammbo" (Narr-Havas), Patrie ! (Rancon), Samson et Dalila (Abimélech).

Edgard Druine en 1922 - Coll. Luc Heuchon
Le dimanche 25 mars 1923, le compositeur hennuyer Gustave Wansaert () présente ses œuvres ainsi que les œuvres d'autres compositeurs à l'Hôtel de Ville de Trazegnies sous les auspices de "L'Union philharmonique" de Trazegnies. Pour l'occasion, Gustave Wansaert s'est assuré, entre autres, le concours de notre ténor Edgard Druine. Celui-ci interprète l'"Introduction" et le "Rondo caprisioso" de Saint Sens et la "Polonaise brillante" de Wifniansky.

Programme musical du 25 mars 1923 - Trazegnies - Coll. Luc Heuchon

En 1928, il entre à l’Académie de Musique de Courcelles en qualité de professeur de chant et de diction. Mais précédemment il avait créé une école particulière de chant que fréquenta en cachette de ses parents le ténor courcellois Marcel Claudel (4). C'est Edgard Druine qui inscrivit Marcel Claudel au Conservatoire royal de bruxelles.

Edgard Druine se consacrera aux deux écoles jusqu’en 1935. Il enseignera également au Conservatoire de Charleroi.

Marcel Claudel (Photo Malevez) - Coll. Luc Heuchon
Au Conservatoire de Charleroi, Edgard Druine verra passer par son cours  la chanteuse d'opérette Mya Taylès et le baryton Pierre Henry, originaire de Lodelinsart.

Justement, en janvier 1931, Edgard Druine participe à "La Monnaie" à cinq représentations de "La Walkirye" dans une mise en scène de Georges Dalman et sous la direction musicale de Léon Molle. Il y tient le rôle de "Hunding".

Les mardis 18 et 25 août 1936, Edgard Druine se produit avec d'autres artistes, à Knokke, dans une sélection des airs tirés de "La Vie de Bohême".

Pendant la seconde guerre mondiale, Edgard Druine réside au n° 7 de la rue du Zodiaque à Forest. Du 1er juillet 1941 au 3 septembre 1944, il exerce une activité de résistance à l'ennemi en "constituant à son domicile, des dépôts de plusieurs centaines de journaux clandestins et par le transport et la diffusion systématique de journaux clandestins et notamment du journal "La Libre Belgique" à la cadence de plusieurs centaines d'exemplaires par mois..."
 
En 1948, Edgard Druine reçoit la médaille de l'Ordre de la Couronne (Arrêté du Régent 30/06/1948) et est fait Chevalier de l'Ordre de Léopold (Moniteur Belge 05/08/1948).  

En date du 5 janvier 1950, notre basse chantante retraitée introduit une demande auprès du Ministère de la Famille et de la Santé publique afin d'être reconnu "Résistant par la presse clandestine". Dans un premier temps, ce titre lui est refusé quoique cette activité de résistance soit reconnue. Mais, la Commission a jugé que n'ayant pas été contraint à l'illégalité, Edgard Druine ne méritait pas de porter ce titre. 

Il est à noter que son épouse Blanche Balieu a introduit la même requête à la même date et que les éléments versés à son dossier confirment "...que l'activité du mari s'est exercée conjointement à celle de son épouse..."

Suite à une demande  de révision de la décision datée du 1955, Edgard Druine peut finalement s'enorgueillir d'être reconnu à part entière Résistant.

Edgard Druine a également composé quelques mélodies : T’oublier, Je t’aime, Les caresses de tes yeux, o Salutaris, Passis Angelicus, …. Il interpréta une de ses compositions intitulée "Nostalgie" sur Radio Belgique à Bruxelles.

Edgard Druine a également enregistré notamment chez Parlophone. Certains enregistrements l'ont été sur cylindres. En 1985, Edgard Druine eut l'honneur de figurer sur l'enregistrement "Les grandes voix du Hainaut".


Coll. Luc Heuchon
Outre la musique, Edgard Druine s’intéressait beaucoup à la science et suivait de près les travaux de savants tels que Nadoleczny, Schilling, Fouché, …

Notes :

(1) La "Fanfare Indépendante" : Cette société de musique vit le jour en 1883 et était composée de 24 musiciens dirigés par Pierre Cornille. Le 1er mai 1884, elle change d’appellation et devient "La Concorde" sous la direction de Désiré Cambier. Présidèrent successivement aux destinées de la fanfare jusqu'en 1924 :
MM. J. Ganty, Gustave Lefèvre, Jean-Baptiste Lepage, Jules et François Petit, Hector et Maurice Denegry . Quoique son
action se soit éteinte depuis 1924, elle fut pas dissoute tout de suite.
(2) Philippe-Joseph Meurée, né en 1829 - Premier professeur de musique à l'Ecole de Musique de Courcelles
(3) Henry, Pierre (1907-1970) - Baryton originaire de Lodelinsart, il remporta le 1er Prix de Chant dans le cours d'E. Druine sur un total d'une cinquantaine d'élèves. Il sera le 1er directeur artistique du Palais des Beaux Arts. Il occupera la place laissée vacante par E. Druine au Conservatoire de Charleroi.
(4) Marcel Claudel (Courcelles 1900-1981) - Ténor à La Monnaie, Opéra de Paris, ...
Terminera sa carrière comme directeur artistique du Palais de Beaux-Arts de Charleroi.
Pendant sa période parisienne, il était la coqueluche des jeunes filles et enregistrera énormément.

Références bio-bibliographiques

Arbre généalogique dressé par Monsieur Nico Druine
Archives du Musée du Cinquantenaire 
Correspondance avec Monsieur Nico Druine


Différents journaux : 
Comoedia, La Revue d'Art dramatique et Musical, Wallonia,..


Le concert de l’Académie,
In
"La Région de Charleroi"

2e année, n° 403, je 10/08/1916, p. [2]

Leclercq, Michèle et Fernand

Edgard Druine 
in
Les grandes voix du Hainaut à l’époque du 78 tours [enregistrement sonore]
. – [S.l.] : EMI Belgium, 1985
. – 2 disques 33 tours

Crépillon, Simon


La Cour d'Amour de Lobbes 
in
C.R.A.L. - Haut Pays de Sambre,
n°4, mai 1909, pp.13-14
 
Lemal, E.

Histoire de Courcelles / Elie Lemal
. – Marcinelle : Impr. La Concorde
. – pp. 91

Matinée artistique
in
« La Région de Charleroi »,
2e année, n° 275, mardi 04/04/1916, pp.1-2

Simon, Jean
. - Le théâtre musical carolorégien, 
    ou, Mémoire d'opérette à Charleroi
. - Montigny-le-Tilleul : Impr. Scaillet, 2004
.-  480 p. : ill.
. - p. 115, 147

Discographie

Ton doux regard se voile : stances de Nilakantha / orch. dirigé par A. Van Oost
. - Parlophone, 1928
. – 1 disque 78 t ( 2’34)
. – B 17127
. – Extr. de « Lakmé » / Delibes

Ton doux regard se voile : stances de Nilakantha / orch. dirigé par A. Van Oost
in
Les grandes voix du Hainaut à l’époque du 78 tours [enregistrement sonore]
. – [S.l.] : EMI Belgium, 1985
. – 2 disques 33 t. 

Alain Richir et Luc Heuchon
Reproduction partielle autorisée à condition de citer la source
Contact  : alain.luc.richir.heuchon@gamail.com

Nestor Lemaître, chansonnier et auteur courcellois...

Nestor Lemaître, chansonnier et auteur courcellois... Nestor Isaac, Ghislain Lemaître est né rue de Trazegnies à Courcelles, le jeudi...