lundi 23 janvier 2023

 

lundi 23 janvier 2023

Le machiavélique Jean Roland, fantaisiste, chanteur, ...

Inscrit à l’État civil sous le nom de Jean Berteau, Jean Roland est né à Courcelles le 16 janvier 1929. Ses parents étaient Amélie Hambersin et Julien Berteau. Pendant de nombreuses années, il fut domicilié au numéro 16 de la rue du Château d’eau.

Collection Luc Heuchon

Jean-Roland a de nombreuses cordes à son arc. Il est à la fois auteur-compositeur, chanteur, animateur-présentateur, ventriloque, agent artistique et organisateur de spectacles.

Collection Luc Heuchon
Collection Luc Heuchon

A titre d'exemple, il propose en 1956 un spectacle de variété intitulé "Au pays du rire" avec à l'affiche la chanteuse souvrétoise Retty Murray (1), ...

Collection Luc heuchon

Il propose également un spectacle dans lequel, il se produit : "Music-Hall cocktail 1956". Il est aussi l’impresario de la chanteuse belge Anny[sic] Godet (2)

Son premier 45 tours comporte deux titres : "C'est l'amour", valse de A. Tiburce et G. André ainsi qu'une marche composée par l'accordéoniste , "Avec... Avec..." André Verschueren enregistrés sous le label "Will".

Collection Luc heuchon

En 1955, Jean Roland voulant se débarrassé d'une maîtresse trop collante à son goût simule une tentative de meutre dont, il est l'objet essayant de faire accuser l'entourage de sa conquête de la pseudo tentative. Pour ce faire, il s'est badigeonné de sang de lapin et s'est ligoté les poignets. Mais, pas de chance pour lui, les enquêteurs ne furent pas dupes.

En octobre 1960, il a enregistré son deuxième disque « Y a toi, y a moi », composition de G. Legrand, Pol Préant et Georges André.

Collection Luc Heuchon

Après avoir présenté des jeux radiophoniques dans les années 50  à Radio Luxembourg, Jean Roland présentera également pour l'O.R.T.F l’émission «  Nord-Variétés ». L’émission du 30 avril 1961 transmise en direct de la « Foire de Lille » fut même annoncée dans le périodique local courcellois « La Petite Lanterne ». Par la suite, il officiera également à "Radio-Hainaut". Jean Roland y présentera "Pronostic de la chanson" et "Espoir et Evasion du Samedi".

C'est à cette époque qu'il enregistre un 45 tours comprenant   "La marche des croulants" et "Le tango du dragueur" dont la photo illustrant la pochette servira à illustrer l'article de "La Petite Lanterne".

Collection Luc Heuchon
Membre délégué de l’association « Les Amis de Radio-Hainaut », Jean Roland a participé aux matinées enfantines du Théâtre du Printemps au Palais des Beaux-Arts de Charleroi.
 
Jean Roland est aussi auteur et collabore à la création de chansons. A titre d'exemple, son nom apparaît sur les disques d'Ange-Line, une jeune chanteuse des années 60.

Au cours de la saison lyrique du Palais des Beaux-Arts de Charleroi 61-62, il chante dans les opérettes « Méditerranée » et « Les 3 valses ». C'est à l'occasion de sa participation à l'opérette "Méditerranée" qu'il fait la rencontre de sa première épouse Micheline F. âgée de 18 ans. 

Croisant la jeune danseuse des Ballets de Wallonie dans les coulisses, il lui fit un compliment. Cela suffit pour que la jeune femme tombe follement amoureuse de Jean et l'épouse quelques mois plus tard en 1962;  Mais, cela ne dura pas. Nous verrons le pourquoi un peu plus tard.

Collection Luc Heuchon

Jean Roland anime de nombreuses festivités à Courcelles et dans la région carolo. Il organise des radios crochets et des concours sponsorisés par les timbres "Valois" et les "Chocolats Jacques".

Pour exemple, prenons les festivités communales de Courcelles organisées  du samedi 26 juin au mercredi 30 juin 1965.

Outre la ducasse, eurent lieu : un tournoi de basket-ball, des luttes de balle-pelote, un défilé de mode, un bal animé par la formation courcelloise "Les Ondes", la première sortie des "Gilles courcellois"...

Deux  festivals d'orchestres et de chanteurs furent également au programme. Plusieurs formations et chanteurs du cru s'y produisirent : "Les Ondes", "Grenzo", l'Hector belge alias Enzo Grazianno (3), "The Electronics"(4), Yvan Daubioul (4), "espoir de la chanson courcelloise".

Enzo Grazianno - © Archives Famille Grazziano

C’est ainsi que le mercredi 30 juin 1965, Jean Roland y présente dans le cadre des festivités un spectacle intitulé « Le triomphe du Musical ». Avec à l’affiche : « Mister Dracula », manipulateur du Cirque d’Hiver à Paris ; les « Killy-Watch », les clowns musicaux du Casino de Saint-Amand.

Après 4 ans de mariage, le temps n'est plus au beau fixe entre Jean et Micheline. En effet, Jean est souvent infidèle. Un jour, il fut même surpris par son épouse et ses parents dans le lit conjugal avec une conquête d'une heure, d'un jour. Sa mère ayant été informée du fait, notre artiste courcellois se mit à genoux devant elle et lui promis de ne plus recommencer car, il avait peur que sa maman ne le déshérite.

En 1967, Jean Roland défraie la chronique judiciaire. Son nom et sa photo sont à la Une des journaux. Il est accusé d'avoir voulu faire assassiner son épouse Micheline car, il est tombé raide dingue de Nadine Q., une jeune artiste âgée de 28 ans.  

En effet, malgré tous ses efforts pour que son épouse Micheline quitte le domicile conjugal et ou divorce, cette dernière compte bien ne pas laisser sa place à sa rivale.

Afin d'arriver à ses fins, Jean Roland  va , dans un premier temps, engager un homme contre rémunération pour apporter des fleurs à sa femme et essayer ainsi de la compromettre. Un coup pour rien... En désespoir de cause, Jean Roland fait alors appel à un tiers : le détective courcellois Félix S. 

Lors d'un premier entretien (03/08/1967) entre Jean Roland et le détective Félix S., il s'agissait de filer la jeune femme pour savoir si, elle avait un amant. Manque de bol pour Jean Roland, Micheline est une épouse fidèle.

Lors d'un deuxième entretien (05/08/1967), Jean Roland pense purement et simplement à la traite des blanches. C'est à dire d'envoyer la jeune femme  aux "barbaresques" (Libanais).

Félix S. fait remarquer à son commanditaire qu'elle était susceptible de réapparaître dans les 6 mois. Alors, notre sympathique courcellois suggéra de la dissoudre dans l'acide. S. rétorqua alors que l'acide ne détruirait pas les cheveux. Notre humoriste courcellois dit alors qu'il suffirait de brûler les cheveux pour que l'affaire soit dans le sac.

Vient ensuite l'idée de faire liquider la pauvre Micheline par des truands français. Pour ce faire, Jean Roland propose à Félix S. la somme de 450 000 francs belges de l'époque (11 155 € actuels) en pièces d'or et en francs belges.

Il est convenu alors que notre aimable Jean drogue son épouse et l'emmène avec lui à un gala auquel, il participe dans le Nord de la France et que Félix S. prenne le "colis" en charge passé la frontière.  Manque de bol, Micheline, trouvant un mauvais goût à la boisson que son gentil mari lui a servi, ne la boit pas. Le plan à échoué.

Mais qu'à cela ne tienne, quelques temps plus tard (08/08/1967), Jean Roland a une autre idée. Compte tenu qu'il doit se produire ce soir-là à un gala à Thuin, il dit à son épouse que l'organisateur du gala viendra la prendre "at home" et la mènera au-dit gala.

Seulement voilà, le soi-disant organisateur n'est autre que notre détective courcellois qui, après quelques kilomètres, avoue à Micheline qu'il a été commandité par son mari pour la faire disparaître. Mais rapidement, il précisera qu'en réalité, il est là pour la sauver. Il l'emmène donc dans un premier temps  à Laon. Mais, Micheline lui demande de la conduire à Reims où, elle séjourne quelques temps à l'hôtel. L'hôtel devant fermer pour l'Assomption, Félix S. ramène Micheline en Belgique et l'héberge chez sa mère à Wandre-lez-Liège.

Le 16/08/1967,  Félix S. vient rendre compte de sa mission à son commanditaire. Par la suite, Félix S. fait écouter à Micheline l'entretien enregistré où, Jean Roland demande au détective si, la "marchandise" a bien été livrée. Le détective ayant répondu par l'affirmative, Jean Roland lui demande si, il s'est bien débarrassé du manteau et du sac à main rouges de son épouse. Oui, répond le détective.

Et , Jean Roland de pousser le cynisme à l'extrême en lui demandant s'il a récupéré l'argent que son épouse avait dans son sac. Non, répond le détective. L'autre de lui rétorquer qu'il y avait une somme importante.

Ironie du sort, Jean Roland avait écrit en son temps une  chanson intitulée "Les devoirs conjugaux", chanson qui fera l'objet d'une réédition.

Collection Luc Heuchon
Après avoir entendu l'entretien et avoir mûrement réfléchi, Micheline f. donne son accord à Félix S. pour qu'il se rendre à la police judiciaire de Charleroi pour raconter toute l'affaire. Ce qu'il fait le 30/08/1967.

Dans un premier temps, Félix est pris pour un affabulateur. Cependant, Jean Roland est interpellé par la police pour interrogatoire. Il nie d'avoir eu l'intention d'assassiner sa femme.

Le mardi 05/09/1967, Jean Roland et Félix S. sont confrontés. Jean Roland continue à nier son intention de faire assassiner son épouse et est placé en garde à vue.

Le vendredi 08/09/1967, le juge d'instruction place Jean Roland sous mandat d'arrêt. Quant à Félix S., le juge l'inculpe pour provocation au crime mais, le laisse en liberté provisoire. Micheline F. dira à plusieurs reprises que Félix S. était  son sauveur car, sans lui, elle serait morte.

 

Le Journal de Charleroi - Indépendance 09-10/09/1967 - Collection Jean-Luc Goossens

Ensuite, les choses s'enchaînent rapidement. Le procès en correctionnel de Jean Roland débute le jeudi 02/11/1967. 

C'est devant une salle comble que se déroule l'interrogatoire du prévenu et l'audition des témoins. Et, Jean Roland continue à nier d'avoir voulu faire tuer son épouse par des malfrats français.

C'est à nouveau devant une salle comble qu'a lieu le lendemain la deuxième journée de procès. Après l'audition des deux derniers témoins, c'est au tour de la partie civile et à la défense de s'exprimer. L'ultime journée du procès a lieu le jeudi 16/11/1967.

Nous sommes le vendredi 24 novembre 1967; C'est le jour du verdict. Micheline F. n'est pas présente à l'audience.  La sentence  tombe : Jean Roland est condamné à 4 ans de prison, 4 000 francs d'amende et 15/20ème des frais et à la privation de ses droits civils et politiques de 5 ans en première instance. Il est également condamné à payer le franc symbolique à titre de dommage moral à son épouse.

Jean Roland se pourvoira en appel. Il comparaîtra à la Cour d'Appel de Bruxelles le 22 mars 1968.

Par la suite, Jean Berteau refait surface dans le monde artistique et continue à enregistrer.

Signalons car, c'est d'importance que Jean Roland a été également producteur de disques. Sa maison de production s’appelait "Disques Majestic" et éditera quelques uns de ses disques persos et  bons nombres d'artistes locaux. 

Il est à noté que c'est chez les "Disques Majestic" que fut enregistré " Resurrection of Vacation", album 33 tours du groupe de rock-blues du bassiste courcellois  Sonny Bono Ignoti, "Vacation". Le line-up qui enregistrera le LP était composé du guitariste Luigi Colu, du batteur Alain Capite et de Sonny.

En 1973, Jean Roland tient le rôle d’un clochard dans un long métrage du metteur en scène vietnamien Pham-Laï. Certaines scènes seront tournées sur le marché de Courcelles. Nous ne savons pas si, le projet a abouti.

Et, Jean Roland de continuer son petit bonhomme de chemin. Ses derniers enregistrements connus datent de 1984.  Il s'agit des 45 tours  :  

"A Courcelles", chanson faisant la promotion des "Pompes C.M. Evrard"  chanté par Jean Roland et du titre "Popeye" chanté par la petite Jenny Muriel,

Collection Luc heuchon

"Le Hit-parade des enfants" et "Buffalo-Bill", chantés par Jean Roland accompagné par "La Chanterie Clair-Matin" de Loverval, "Popeye" et "Calimero", chantés par Jean Roland, accompagné par  "La Chanterie Clair-Matin" de Loverval.

Ensuite, nous perdons sa trace.

Pour terminer, signalons que Jean Roland a participé dans son jeune temps à des tournées de Gilbert Bécaud, Armand Mestral et Lisette Jambel.


Notes

(1) Flore Meurée, pseudonyme Retty Murray  (Courcelles, 1928 - Souvret, 2002) :   voir : Ki, Kwa, Où",

(2) Any Godet (Londres, 1915 - Bruxelles, 1974) : De santé fragile, elle se lance dans la chanson en 1939 et fit une belle carrière. Elle a participé à la Finale belge du Grand-Prix Eurovision 1962 avec la chanson "Hambourg" mais, n'a pas été sélectionnée.

(3) Enzo Grazziano, pseudonyme "Grenzo" : fut le chanteur du groupe courcellois "I Sorrentis" fondé par le guitariste solo Gérard Verdelli. Les autres musiciens étaient le batteur Xavier Di Giacomendrea, le guitariste rythmique Ronco Romaro et le bassiste Luigi Doltorio.  

(4) The Electronics : Groupe de rock et de bal  composé de musiciens courcellois et trazegniens. Le line-up original se composait du guitariste Christian Moriamé  (Tz), du guitariste Alain Dezaire (Co), du bassiste Jacques Houze (Tz), du batteur Robert Camus et du chanteur Jack White (Jacques De Witte)(Tz). Jack White sera remplacé au chant par le courcellois Yvon Daubioul en 1964.

J. White, R. Camus, A. Desaire, J. Houze, Chr. Moriamé - ©Collection Luc Heuchon

Sources biographiques

 
Collot, Olivier

L'affaire Jean Roland en correctionnelle : La technique met en lumière le machiavélisme du chanteur et les " ficelles" de Félix S. 

In  "Le journal de Charleroi-Indépendance",

130e année, 04 et 05/11/1967, p. 1, p. 3 : photos

 Foule en Correctionnelle à Charleroi : La première manche du "match" Jean Roland-S. a tourné au désavantage du détective : Le chanteur nie avoir voulu faire "SUPPRIMER SA FEMME",

In "Le journal de Charleroi-Indépendance", 

130e année, 03/11/1967

Les juges de... : Jean Roland a fermé les yeux à l'énoncé du jugement : 4 ans de prison

In "Le journal de Charleroi-Indépendance", 

130e année, N° 327-328, 25-26/11/1967, pp. 1-2 : photos

 

La diabolique machination à Courcelles près de Charleroi
In « Détective »,
N° 1107, 14/09/1967

M.

Quelques mots avec Jean Roland,
In « La Petite Lanterne »,
38e année, n° 619, 6 octobre 1961, p. [3].

Mercredi…
Mercredi 30 juin,
In « La Petite Lanterne »
42e année, n° 792,  25/06/1965, p. [1]

Simon, Jean
Le théâtre musical carolorégien, ou, …
p. 182, 183-184

Un…

Un courcellois à l’honneur : Jean Roland, vedette de cinéma !!!,
« La Petite Lanterne »,
50e année, n° 1134, 12 janvier 1973, p. [4].

Van Heck

Les confidences de Micheline F. épouse du chanteur Jean Roland

Discographie partielle

Au châlet d'Onoz [Enregistrement sonore] / Jeanrémi . Adios Espana mia [Enregistrement sonore] / J. Huygens et Jeanrémi
. - Courcelles : Majestic Records, 1984
. - 1 disque 45 t. ( 3', 2'46)
. - maj 1171

C’est l’amour [Enregistrement sonore] / A. Tiburce-F. ; Renard-G. André ; orch. Pol Préat. Avec… avec… [Enregistrement sonore] / A. Verschuren-D. ; Soleil-G. Favereau ; orch. Pol Préat
. – [S.l.] : Will, [s.d.]
. – 1 disque 45 t. ( 3’07, 2’15 )

Chez Auguste [ Enregistrement sonore ] / Jeanrémi ; orch. de Jacques Huygens.
Les devoirs conjugaux [ Enregistrement sonore ] / Hugi et J. Berteau
. - Courcelles : Disques Majestic, [s.d.]
. – 1 disque 45 t. ( 3’07, 3’45 ) 

Le tango du dragueur [Enregistrement sonore] / A. Flamme, J. Huygens, Adiani, Jean Roland ; orch. Jacques Huygens . La marche des croulants [Enregistrement sonore] /  J. Huygens, Adiani, Jean Roland ; orch. Jacques Huygens

Les devoirs conjugaux [Enregistrement sonore] / J. Huygens, Jeanrémi . Chez Auguste [Enregistrement sonore] / J. Huygens, Jeanrémi

. - Courcelles : Disques Majestic, [s.d.]

. - 1 disque 45 t. (3'45 , 3'07 )

Mon p'tit chou [Enregistrement sonore] / J. Huygens, Adiani, Jean Roland ; orch. Jacques Huygens . Si tu as la cressonnette [Enregistrement sonore] / J. Huygens, Adiani, Jean Roland ; orch. Jacques Huygens

. - [S.l.] : Olympia, [s.d.]

. - 1 disque 45 tours ( 3'15 , 2'40)

Spirou [Enregistrement sonore] / Delfosse, Hernould, Roland et Sainte ; orch. Hector Delfosse . Zippy [Enregisrement sonore] / Delfosse, Runbel et Roland ;  orch. Hector Delfosse

Auteurs : Luc Heuchon et Alain Richir avec la collaboration de Jean-Luc Goosens.

Contact : alain.luc.richir.heuchon2@gmail.com

Copie partielle autorisée à condition de citer la source sauf pour les articles de presse.

lundi 30 août 2021

Jean-Pierre Romain, musicien et apiculteur...

 Jean-Pierre Romain, musicien et apiculteur...

 

Jean-Pierre Romain in "L'Af'Fabule de Jean" © "Trirème"

Comme bien des courcellois, Jean-Pierre Romain est né à Gosselies. Nous étions le lundi 15 mars 1954.

Le jour de sa naissance, le magazine "Elle" annonce la création par l'Opéra monégasque de l'Oratorio composé par le chanteur Léo Ferré sur le thème de "La Chanson du Mal Aimé" d'Apollinaire.


Magazine "Elle"

Trois jours plus tard, son père se présente au bureau de l’État civil de Courcelles pour déclarer la naissance de son fils Jean-Pierre. L'officier de l’État civil refuse ce prénom car à l’époque, les prénoms composés ne sont pas admis.

Qu'à cela ne tienne, Monsieur Romain père dit d'inscrire son bambin sous le prénom de Jean avec comme second prénom Pierre. Mais, dans la vie de tous les jours, Jean sera Jean-Pierre.(1)

Mais avant tout, Jean-Pierre est le fils d'Odette Vanescote et de Paul Romain. A l'époque, Paul est  employé à l'Usine de la Providence à Marchienne-au-Pont.

Quelques années plus tard, sa maman Odette donne naissance à son son cadet Philippe.

Le petit Jean-Pierre fait ses études primaires à l’École communale de Rianwelz. Ensuite, ses parents l'inscrivent à la section "Sciences économiques" de l'Athénée provincial de Morlanwelz car, il est prévu qu'il devienne comptable et J.-P. aime cette matière.

Cependant, la perspective  de passer une partie de sa vie derrière un bureau à aligner des chiffres ne lui plait guère. C'est pourquoi,  il pense plutôt  s'orienter vers une carrière musicale vu ses excellents résultats à l'Académie de Musique.

Quand Paul Romain (accordéoniste amateur)  inscrit son fils à l'Académie, il souhaite que ce dernier apprenne à jouer de l'orgue à l'instar du parrain du gamin, organiste au Temple protestant de Courcelles. Faute d'orgue à l'école de musique, Jean-Pierre apprend le piano. Jean-Pierre est âgé de 6 ans lors de son inscription.

Outre le piano, il apprend également la Musique de Chambre avec la redoutée Mademoiselle Marguerite Boitte, excellente professeure au demeurant. Il suit également les cours de Chant donnés par Mademoiselle Jeanmart. 

Quand vient le moment de choisir un second instrument, un ensemble de de circonstances fait que Jean-Pierre choisit le basson et suit le cours du professeur Pol Duvieusart.

Dans les faits, son pater familias souhaite que Jean-Pierre apprenne le violoncelle. Mais voilà, son fiston est déjà trop âgé  pour ce faire. Alors, le choix se porte sur le Hautbois. Mais manque de bol ! L'instrument qui devait être prêté gracieusement au jeune et talentueux Jean-Pierre a disparu dans la nature. Reste donc le basson...

En dehors de cela, notre jeune pianiste se produit déjà en public via l'Académie ou encore, en accompagnant le ténor et acteur amateur Pierre Van Peuter (2)lors de ses tours de chant.

       Jean Van Peuter ©Archives Marianne Masquelier

En 1973, Jean-Pierre Romain et Christian Debauve, également élève de l'Académie de Courcelles, sont sélectionnés pour participer à la  9ème édition du concours musical Pro-Civitate qui eut lieu du 4 au 15 novembre. A l'issue de la compétition, ils reçoivent chacun un 2ème prix.

Archives Christian Debauve



Suite à cela, Jean-Pierre crée avec Hector Bricq, élève et futur directeur de l'Académie de Musique de Courcelles, un trio qui se produit lors de différentes événements ayant lieu à Courcelles.

A l'époque , Jean-Pierre vient de terminer ses études secondaires et ses études musicales avec succès. Dès lors, il décide d'entrer au Conservatoire afin d'affiner ses connaissances musicales. Son choix va se porter vers le Conservatoire de Mons car, il souhaite se perfectionner en intégrant la classe du pianiste Jacques Genty(3).

Là, Jean-Pierre suit le cursus normal : Solfège, Histoire de la Musique, Composition et Harmonie.

En 1976, il enseigne le piano et la Musique de Chambre à l'Académie de Musique de Courcelles en remplacement de Mademoiselle Boitte admise à la retraite.

Quelques années plus tard (86-87), il reprend le chemin du Conservatoire de Mons pour se perfectionner en composition chez Paul Ledoux pendant 6 ans. La formation est éreintante (une composition par semaine) et une fois terminée, Jean-Pierre est sur les rotules.  Il se dit : "j'ai 50 ans et ma vie est finie". Il lui faudra 2 ans pour s'en remettre, s'atteler à de nouveaux projets et  prendre "la vie comme elle vient" .

Ajoutons à cela que Jean-Pierre, comme bon nombre d'enseignants, donne cours dans plusieurs académies afin d'avoir un horaire de travail complet. Dans le désordre : Académie de Courcelles, Binche, La Louvière, Gosselies, Montigny-le-Tilleul.

Et avant les restrictions budgétaires, Jean-Pierre joue du basson lors des représentations d'opérettes au Palais des Beaux-Arts de Charleroi et à Lille. Il participe également en tant qu'accompagnateur à différents projets artistiques. 

En 1992, Jean-Pierre se consacre en dilettante à l'apiculture en aidant son père Paul au rucher que ce dernier a créé en 1947.

Le 16 septembre 1994, la pièce d'Armand J. Deltenre et de Jean Louvet "La Nuit de Courcelles" est créée à l'Hôtel de Ville de Trazegnies. Cette pièce dramatique relate "La Tuerie du 18 août 1944" qui eut lieu sur le territoire de la commune de Courcelles en représailles à l'assassinat d'Oswald Englebin, bourgmestre rexiste du Grand Charleroi.

Cette pièce est  mise en scène par Jacques Herbet,  Pierre Louvet et Michel Meurée. Jean-Pierre participe à l'écriture de la musique émaillant la pièce avec Christian Leroy et Marc Leclef.

Jean-Pierre fut également l'accompagnateur avec son collègue Philippe Verly de la "Chorale des XVI" pendant plusieurs années. 

Il a également fait partie de l'ensemble "Arabesque" avec Françoise Hesbain et Jean-Louis Duez dans les années 90. C'est à cette époque en 96-98 qu'il commence à écrire "Stabat Mater" en reprenant l'ébauche de morceaux écrits au décès de sa grand-mère alors qu'il était âgé de 12 ans. L'ensemble "Arabesque" en interprète quelques morceaux lors de leurs récitals.

A l'issue d'un de leurs spectacles, des spectateurs intrigués et enthousiastes viennent à la rencontre  du trio pour demander quels sont ces morceaux et encouragent Jean-Pierre à continuer sa composition.

Un grand moment de la carrière de Jean-Pierre est la création le vendredi 27 mars 1998 de son "Stabat Mater"  dont, il a écrit la musique sur un texte de Jacques Lefebvre. L’œuvre est jouée dans l'église paroissiale "Saint-Martin" de Gouy-lez-Piéton, nouvellement rénovée. Un des récitants est  notre concitoyen, l'acteur et metteur en scène Maurice Lebrun. L'autre récitant est une récitante, Marie-Françoise Favay. Au chant, la soprano Françoise Hesbain et la basse Jean-Louis Duez.

Carton d'invitation (Collection Luc Heuchon)

Deux chœurs participent à l'événement "La Marcianelle" dirigée par Jean Dieu et "Ostinato" dirigé par Marie-Paule Nemeghaire ainsi que le groupe "The Cradle". Quant à Jean-Pierre Romain, il dirige l'orchestre de chambre "Ostinato".

En 1998, son père décède et Jean-Pierre reprend d'une manière toute  professionnelle le "Rucher Romain". Il possède non seulement des ruches dans la province de Hainaut mais, également dans le Sud de la France.

Les 1er et 2 mai 1998, l'ensemble "Arabesque" participe avec le troupe théâtrale "El Pavé picard binchou" à la représentation au "Kursaal" de Binche du cabaret "El Pavé dans la mare".

Les 28 et 29 août 1999, "Arabesque" collabore à nouveau avec "El Pavé picard binchou" dans la pièce musicale "Sous les draps de la dentellière", texte de Jacques Lefebvre et musique de Jean-Pierre Romain.

Produits du Rucher Romain.
 
Il est à l'origine de la création du trio "Trirème" avec Marcel Lebrun.  L'idée a germé suite à une demande faite par des fidèles du  Temple protestant à Maurice Lebrun de trouver une idée pour marquer les fêtes pascales et de Noël. Maurice s'en est ouvert à Jean-Pierre, son ami de longue date qui a suggéré de mettre de la musique entre les textes que sélectionnerait Maurice et d'associer à l'aventure le  trompettiste binchois Olivier Dufour.

C'est ainsi qu'ils présentèrent au Temple et ailleurs le spectacle "Noël Nouvelet" qui rencontra un vif succès. Sur la lancée, furent créés successivement "Défendu aux pessimistes" et "L'Af'Fable Jean.

                                              (Collection Luc Heuchon)

Pour mémoire, "L'Af'Fable Jean" fut joué à maintes reprises dont à "La Ruche Théâtre" en 2011 et à "La Maison de l'Imprimerie" à Thuin en 2012. 

Notez dans vos agendas que "L'Af'Fable Jean" sera de nouveau  à l'affiche de "La Ruche Théâtre" de Marcinelle en janvier/février 2022.

En 2014, notre pianiste décide d'arrêter d'enseigner tout en continuant ses activités apicoles.

Mais, Jean-Pierre Romain n'a pas abandonné la musique. Actuellement, il est toujours l'organiste-maître de choeur de la chorale  du Temple protestant de Courcelles. Il fait également partie de la chorale souvrétoise "Choeur à coeurs"(4) dirigée par son épouse Marie-Paule Nemeghaire.(5) Outre le chant, J.-P. y assume également l'accompagnement au piano. Il en est également l'harmonisateur-arrangeur.

Notes :

(1)  Ses deux enfants l'appellent "Maximilien". Va savoir pourquoi ???   Et, il arrive qu'on le salue  en lui disant "Bonjour Romain".

(2) Pierre Van Peuter : menuisier de son état et ancien élève de l'Académie de Musique de Courcelles. Médaille du Gouvernement "Chant" 1951 et Médaille du Gouvernement "Chant et Art lyrique" 1952. Il faisait partie de la troupe théâtrale de l'Y.M.C.A./U.C.J.G. - Union Chrétienne des Jeunes Gens du Temple protestant de Courcelles avec Maguy Delire, Chrisitian Barbier, Jenny Dubois et André-Pierre Masquelier, ...

(3) Jacques Genty, pianiste belge. Il fut l'époux de la grande violoniste Elvire Bobesco et un ami de l'acteur Louis de Funès. Il arrivait que Jacques Genty remplace De Funès certains soirs au piano-bar dans lequel ce dernier jouait.

(4) Choeur à coeurs : chorale à 4 voix mixtes crée en septembre 2005 par Marie-Paule Nemeghaire et son époux Jean-Pierre Romain. A l'origine, 35 chanteurs de tout âge venant d'horizons très différents.

(5) Marie-Paule Nemeghaire : maître assistant à la Haute Ecole - Institut pédagogique Depré. Elle a été maître de choeur de la chorale "Boîte à chansons" de Leernes (Fontaine-l'Evêque) (création 1985).

Sources biographiques :

Sources orales :

Interview de Jean-Pierre Romain par Luc Heuchon du 1er avril 2020

Entretien avec Madame Marianne Masquelier concernant son parrain Pierre Van Peuter + consultation de ses archives
Interviews de Maurice Lebrun par Luc heuchon des 6 et 29 juillet 2021
 
Sources écrites
 
Académie...
50e anniversaire de l'Académie régionale de Musique [programme]
. - [Courcelles : Académie régionale de Musique, 1976]
. - 1 vol. : ill.
 
Debauve, Christian  
Dossier de presse

Sources Internet
 
https://www.pavepicardbinchou.be

https://www.telesambre.be
https://triotrireme.be
 
Auteurs : Alain Richir et Luc Heuchon                                          Contact : alain.luc.richir.heuchon2@gmail.com                                Reproduction partielle autorisée sous réserve de citer la source sauf les photos qui restent la propriété de leurs possesseurs voir  le copyright ©

 

 




lundi 26 juillet 2021

 

lundi 26 juillet 2021

Georges Goda, le baryton seneffois qui eut le bon goût de naître à Courcelles.

Le ténor seneffois Georges Goda est né à la rue de La Ferté à Courcelles-Motte en 1911.

Plus précisément, le petit Georges est né "à domicile". C'est-à-dire dans le logement de fonction octroyé à son père qui est le pontonnier du Pont de La Ferté de Courcelles.

Courcelles : Pont et rue de La Ferté vers 1911 (Collection Luc Heuchon)
Le nouveau-né est le fils de Julia Dullekens et de Georges Goda, pontonnier de son état comme indiqué ci-dessus.
 
Quelques mois plus tard, Georges Goda senior est muté à l'écluse de Seneffe. Notre futur ténor, qui n'a pas encore un an devient seneffois.

          Georges Goda dans le rôle Pippo (1942) - Photo Jean Werres (Collection Luc Heuchon)

Le 28 octobre 1912 sonne l'arrivée du petit frère de Georges. Le nouveau-né se prénomme Victor. Celui-ci décédera le 22 août 1932.

Le petit Georges fait "ses primaires"  dans l'enseignement libre seneffois à l’École Saint-Joseph. Doué pour le chant, il intègre  donc naturellement la chorale de l'église paroissiale.

A l'occasion de l'inauguration du monument aux morts (1) érigé en mémoire des soldats seneffois morts pour la Patrie, Éloi Pèlerin, chef de la fanfare catholique, lui confie le soin de chanter "Cocorico", un chant patriotique.

Lors d'un entretien, Georges Goda  semble avoir indiqué qu'après ses primaires, il aurait été inscrit à l’École normale de Nivelles. Cela nous paraît peu vraisemblable d'être inscrit à l’École normale sans être passé par la case "études secondaires".

Cependant, il ne poursuit pas dans cette voie et devient employé de banque à l'agence louviéroise de la Banque Générale du Centre. Mais, Georges fait fi des cours de comptabilité et prend, en lieu et place,  des cours de musique à l'Académie de La Louvière.

Après un an et demi, il en sort nanti d'une Médaille d'or de Chant. Nous sommes en 1929. Deux ans plus tard, Georges Goda est appelé sous les drapeaux. Ensuite, c'est le Conservatoire de Bruxelles où, Georges Goda suit les cours de chant, de diction et d'art dramatique. En 1935, il quitte le Conservatoire avec un Premier Prix de Chant avec distinction en poche. 

A partir de cette année, il entame une carrière lyrique partagée entre les opéras et les opérettes à une époque où, l'opérette est considérée par beaucoup de chanteuses et chanteurs lyriques comme un art mineur. 

A l'origine baryton, Georges terminera sa carrière en qualité de "Grand premier comique".

Georges Goda débute réellement sa carrière en 1937 en participant à la création de l'opérette "L'Auberge du Cheval blanc" au "Variétés-Palace" de Charleroi dans le rôle de... ??? Une source non vérifiée indique qu'il en serait le metteur en scène.

Ensuite, le directeur du "Variétés-Palace" Gustave Bernard lui demande à l'impromptu  de tenir et de chanter  les rôles de "Jack" et de "L'Ombre rouge" dans l'opérette "Le Chant du Désert", opérette traduite de l'anglais. En effet, le baryton titulaire du rôle André Goavec s'est désisté en dernière minute. Le rôle de "L'Ombre rouge" lui collera à la peau et restera pour lui un rôle fétiche.

En cette saison 1937-1938, notre baryton reste au"Variétés-Palace" où, il tient le rôle du Baron Hector de Garenne dans l'opérette "La Reine du Film".

              Programme "Variétés-Palace" (Charleroi)- Saison 1937-38 (Coll. L. Heuchon)

Cependant, notre baryton chante également en France. C'est ainsi qu'un journal roubaisien publie un article concernant la représentation de "L'Auberge du Cheval blanc" à l'Hypporome-Théâtre de Roubaix le 31 octobre 36 [sic]. L'auteur écrit en substance : : 

"Un nombreux public a accueilli cette œuvre exquise dans un débordement de bravos s'adressent tant aux artistes qu'aux décors, aux girls et aux musiciens dont le nombre avait été renforcé pour la circonstance. Pour être Impartial, nous devrions citer toute la troupe dont nous extrayons surtout M. Henrotte.bien dans son rôle de Léopold » ; M. Goda, a la voix bien timbrée, qui est un parfait "Guy Florès » ; Mmes Daisy, grave, exquise "Josépha" et Irma Liedts, gracieuse "Sylvabelle » : M. Tony (Célestin) et Mlle Decondé (Clara), se tirent très bien de leur rôle un peu spécial, et M Carpigny dans "Bistague », est marseillais à souhait. Signalons enfin les danseurs tyroliens et les Vandeer Girls et les douze Boys."

Venons-en à la période dite "La drôle de guerre" (03/09/1939-10/05/1940). En cette période pleine d'incertitude, la Belgique à l'instar de la France et de l'Angleterre a mobilisé ses troupes face à l'Allemagne nazie. 

C'est au début de cette période qu'est créé l'Orchestre de Jazz de la Reine Élisabeth  sous la direction du jazzman Fud Candrix, célèbre chef d'orchestre de jazz. Georges Goda intègre l'orchestre comme chanteur et se produit avec lui pour distraire les troupes mobilisées. Mais, nous devons également à l'orchestre un enregistrement en 78 tours intitulé "Vers l'Avenir" et interprété par Georges Goda.


Photo origine inconnue

En 1940, la Belgique est envahie par les troupes de l'Allemagne nazie. Mobilisés, Georges Goda et quelques autres décident de quitter Bruxelles et de rejoindre le quartier général des forces belges à Limoges. Mais, arrivés à Poperinge, les allemands s'y trouvaient déjà et nos vaillants soldats durent faire demi-tour. Peu de temps après, Georges Goda appren que les allemands ont l'intention de l'envoyer dans un camp de prisonniers à Uhlm. Il prend la fuite et se réfugie chez des amis à Laeken qui lui offrent un abri et des vêtements civils. Par après, les choses se tassent et Georges reprend le cours d'une vie normale.

L'occupation allemande ne met pas un frein à sa carrière car, il a la chance de pouvoir se produire sur les scènes belges. 

Preuve en est que du 14 au 26 septembre 40, il chante dans l'opéra-comique de Maurice Ordonneau pour le livret et de Louis Ganz pour la musique au Théâtre Pathé Palace à Bruxelles. En 1943, Georges Goda tient le premier rôle dans l'opérette "Paganini" . Son épouse Lisette Ysaye  y interprète le rôle de "Bella".

La saison d'été 1945 bat son plein au "Théâtre royal de La Monnaie". Le 1er juin, "La Monnaie" présente à son public l'opéra "Le Soldat de chocolat" d'Oscar Straus  . Cette fois,  Georges Goda partage la scène avec notre grand ténor courcellois Marcel Claudel. Georges interprète le rôle du Major Alexius Spiridoff et Marcel Claudel assume le rôle de Burnell. L’œuvre sera jouée une deuxième fois le 8 juin 45.

Le 15 juin 1945, "La Fille du Tambour-Major" est à l'affiche du "Théâtre de la Monnaie". Georges Goda fait partie de la distribution. Mais, nous n'avons pas de précision quant à son rôle. 

Toujours à "La Monnaie", en date du 29 juin 45, il interprète le rôle du Capitaine Capeck  dans l'opéra "Victoria et son hussard". L'opéra sera rejoué le 12 juillet 1945.

Mais, à partir du 27 juillet 45 et toujours à "La Monnaie", il participe à la création de l'opérette "La Dernière valse" du compositeur autrichien Oscar Straus. La direction d'orchestre est assumée par René Defossez. Georges Goda interprète le rôle du Comte Dimitri en alternance avec le baryton Andrien Francis. L'opérette sera jouée jusqu'au 9 août 45.

Le 1 juillet 1946, c'est la reprise de l'opérette "La Dernière valse" à "La Monnaie". L’œuvre restera à l'affiche jusqu'au 15 juillet 46. Georges Goda fait encore partie de la distribution en tant que Comte Dimitri et il partage encore le rôle avec Adrien Francis.

Dans le courant du premier trimestre 1947, Georges Goda se produit en France. Preuve en est deux articles parus dans "La Gazette  Provençale" signé par le courageux critique d'art lyrique "Fauteuil X". Nous sommes en février 1947 et Georges Goda remplace au pied levé le baryton Charles Bourgues dans l'opéra "La Mascotte" jouée à l'Opéra d'Avignon. Pour l'occasion, la direction de l'Opéra d'Avignon a présenté notre baryton comme faisant partie du Théâtre royal de La Monnaie de Bruxelles.

Fauteuil X écrit en substance à ce sujet : "Cette référence est un peu pompeuse pour un chanteur d'opérette qui nous arrive de ... Casablanca en passant par Aix-en-Provence." Le sieur semble bien mal informé car, comme écrit plus haut notre Georges Goda s'est bien produit à La Monnaie et qui, plus est, dans deux opérettes.
 
Mais, notre critique se rattrape un peu  en écrivant plus loin : "Dans le rôle de Pipo, le baryton Goda nous a fait forte impression, la voix de cet artiste est bien construite et agréable. Son aigu bien qu'assuré n'a pas dans sa plénitude tout l'agrément qu'il comporte dans la demi-teinte et médium ; la diction est très soignée, le jeu technique est intelligents[sic]. Un peu trop exubérance toutefois ; vos camarades, le tandem comique, en ont assez comme ça, même de trop..." 
 
Début mars 1947, Georges Goda chante à nouveau sur la scène de l'"Opéra d'Avignon" dans l'opérette "Le Tzarewitch" où, il tient le rôle du tsar. Fauteuil X écrira à son sujet dans "La Gazette Provençale" datée du 5 mars : "La représentation du "Tzarewitch" dimanche, brillât d'un éclat plus vif que les précédentes, depuis la rentrée du baryton Georges Goda...  Le baryton Georges Goda qui avait le poids du rôle du tzar l'a défendu avec vaillance ; doué d'un organe spécial qui se rapproche plutôt du chanteur de genre, que du théâtre lyrique, il se montra tout à fait intéressant ; il y a de l'expression, de la musicalité, et un jeu très intelligent..."
 
Pour une fois, la critique écrite à l'occasion de cette représentation est élogieuse pour l'ensemble de la représentation et pour les artistes. Fauteuil X écrira d'ailleurs que certains pourraient le soupçonner d'avoir reçu un pot-de-vin pour sa "complaisance".

En 1948, Georges Goda participe pour la deuxième fois avec la cantatrice Jane Francelle à l'opérette "La Chaste Suzanne" au "Variétés-Palace" de Charleroi.

En 1950, Georges Goda rejoint la troupe lyrique du "Théâtre de Liège". Au programme, l'opéra "La Mascotte" où, il tient le rôle de Spadin. Son épouse fait également partie de la distribution.

G. Goda dans le rôle de "Spadin" en 1950 (Coll. L. Heuchon)

Dans le courant de l'année 1951, Georges Goda en compagnie du ténor carolo Romano (Jacques Roman) arpente différentes scènes belges en chantant au public des extraits de "La Belle-Hélène" et des "Mousquetaires au Couvent".

Les jeudi 27 et dimanche 30 mars 1952, il est à l'affiche de l'opérette "Ciboulette" au "Théâtre de Mons". Georges Goda interprète le rôle de Duparquet.

Programme "Théâtre de Mons" - Saison 1951-52 (Coll. L. Heuchon)

A cette époque, Georges Goda ne vit plus à Seneffe depuis quelques années déjà. Mais, reste attaché à son "tayon". C'est pourquoi, alors qu'il est en tournée à Ostende, il y revient chanter à l'occasion de la consécration de l'église paroissiale restaurée. Nous sommes le 10 juillet 1955. 

Les 16 et 17 novembre 1957, Georges Goda est à l'affiche de "Mam'zelle Nitouche" au tout nouveau "Palais des Beaux-Arts de Charleroi "inauguré le 24 octobre 1957.

Maintenant, passons à l'année 1958, l'année de l'Exposition universelle de Bruxelles. Le 21 février, le "Palais des Beaux-Arts de Charleroi"  propose à son public l'opérette de Francis Lopez "Andalousie" avec en tête d'affiche le célèbre ténor Rudy Hirigoyen. Le reste de la troupe est composé de chanteuses et chanteurs lyriques du cru cf. R. Dorzée, Jacqueline Robert, ..., Romano et ... Georges Goda. "Andalousie" sera également jouée les 22, 23, 28 février ainsi que le 1er mai 1958.

Pendant trois saisons (1960-61 à 1962-63), Georges Goda se produit avec la troupe lyrique du Théâtre de Liège. Il chante dans 14 opéras différents, s'occupe de la régie pour trois autres. Pour "Bocasse" (saison 1963/1964), il interprète le rôle de Riquiqui et assume la régie. Détail amusant, lors de la reprise de l'opéra "Les Saltimbanques" en 1962, Georges interprète "Monsieur Malicorne" et son épouse joue le rôle de "Madame Malicorne". L’œuvre sera jouée les 3, 4 et 8 novembre 1962 dans une mise en scène de René Tobelli.

Lisette Ysaye - Théâtre de Liège 04/192 (Coll. L. Heuchon)

Quoique sous contrat avec le "Théâtre royal de Liège", nous retrouvons notre Georges Goda également en mars 1961 sur la  scène du "Théâtre royal de La Monnaie". Cette fois, il interprète le personnage de "Le Dancaïre", un contrebandier dans le "Carmen" de Bizet. Cette fois, il est le seul titulaire du rôle. "Carmen" se jouera 7 fois du 3 mars jusqu'au 26 mars 61 inclus.

Le 4 novembre de la même année, "La Monnaie" reprend pour cinq dates "Carmen". Georges Goda garde le même rôle que précédemment. Mais, c'est le chef d'orchestre Edgard Donneux qui officie à la baguette en lieu et place d'Edmond Carrière. La dernière  eut lieu le 14 novembre 61. 

De 1965 à 1972, nous avons un trou dans la carrière du chanteur seneffois faute de renseignements sur cette période.

Théâtre municipal de Limoges, le 9 décembre 1973. Georges Goda fait partie de la troupe qui propose une comédie musicale en 3 actes "Chanson d'amour" dont la musique est de Franz Schubert.

En date du 1er décembre 1974, Georges Goda se produit sur la scène du "Grand Théâtre Henri Osdoit" de Reims dans l'opéra de Jules Massenet "Manon".

L'année suivante, le 29 mars 1975, nous le retrouvons à nouveau sur la scène du "Grand Théâtre Henri Osdoit" de Reims. Cette fois, Georges Goda fait partie de la distribution de "La Vie parisienne" de Jacques Offenbach.

Nous le retrouvons à nouveau sur la scène du "Grand Théâtre Henri Osdoit" le 14 décembre 1975 dans "La Vie de bohème" du compositeur italien Giacomo Puccini

En date du 20 décembre 1975, il est de retour à Limoges sur la scène du "Gand Théâtre Gabriel Couret" dans l'opérette de Francis Lopez "Méditerranée".

Lors de sa carrière, Georges Goda a également participé à des émissions radiophoniques et de télévision.

En 1981, âgé de 70 ans, Georges Goda décide de mettre un terme à sa carrière et de prendre un repos bien mérité. 

Précisons encore que Georges Goda figure dans le coffret de neuf disques 33 tours de la Sélection du Reader's Digest  "120 mélodies éternelles" édité en 1987. Vous pouvez également le retrouver sur le premier des 2 CD  de l'enregistrement de la représentation"La dame blanche" de Boieldieu édité par les Éditions hambourgeoises  "Line Music Service" en 2008.


Georges Goda est  décédé à Bruxelles le 25 novembre 1989.

N.B. : Il va s'en dire qu'il reste bien des trous à remplir quant à la carrière de Georges Goda présentée ici. Nous laissons cette tâche  à d'autres. Car, Georges Goda est un chanteur lyrique seneffois. 

Mais, Georges Goda nous a fait l'insigne honneur de naître à Courcelles. A ce titre, Alain et moi ne pouvions ne pas lui rendre hommage.
Note :
(1)  Plans du monument dessinés par l'architecte Marcel Simon de Trazegnies.

Bio-bibliographie succincte

Fauteuil X

in "La Gazette Provençale",

La Mascotte,    4ème année, n° 683, 19/02/1947, p. 1

Le Tzarewitch, 4ème année, n° 695, 05/03/1947, p. 1

Heuchon, Luc

Documentations diverses

Philippart, Alain

Un entretien avec Georges Goda

in "L’Écho de l'Histoire. Entité de Seneffe",

3ème trimestre 1983, pp. 1-6 : ill.

Simon, Jean

Le théâtre musical carolorégien, ou, Mémoire d'opérette à Charleroi / textes réunis et présentés par Jean Simon

. - Montigny-le-Tilleul : Ed. Scaillet, 2004

. - 480 p. : ill.

. - Georges Goda : pp. 79-80 : photographie, pp. 140, 148 

Ressources Internet

http://www.aml-cfwb.be/aspasia/intervenants/56448/Goda_Georges 

http://carmen.demunt.be 

https://www.geneanet.org  

 https://www.kbr.be/fr/                                                

Discographie

Marche Baudoin [Enregistrement sonore : Marche ] / J. Steggerda ; C. Alix ; Georges Goda ; avec grand Orchestre et Choeurs s.l.d. Émile Deltour. Ah ! qu'il fait bon : Vivre chez nous (Marche) / J. Steggerda ; J. Loar ; M. Rey ; Georges Goda ; avec grand Orchestre s.l.d. Émile Deltour. - S.l : Decca, s.d. - 1 disque phonographique : 78 t ; 25 cm

Face A. Ramuntcho : chanson . Face B. Quand on a le bonheur sous la main : valse chantée de l'opérette "Cora"Vincent Scotto ; Jean Rodor ; Georges Goda avec Émile Deltour et son orchestre. Quand on a le bonheur sous la main : valse chantée de l'opérette "Cora" / E[mile] Deltour ; R. Lebrun ; Georges Goda avec Émile Deltour et son orchestre

. - [London] : Decca, [s.d.]  

. - 1 disque phonographique : 78 t ; 25 cm

Vers l'avenir [Enregistrement sonore] / Gevaert ; chanté par Georges Goda ; avec l'Orchestre de Jazz de l'Oeuvre Élisabeth. Eh! Yep! Nous voilà! : Marche / Candrix ; Deloof ; Étienne ; chanté par Marcel Étienne ; avec l'Orchestre de Jazz de l'Oeuvre Élisabeth. - S.l : s.n, s.d. - 1 disque phonographique : 78 t ; 30 cm 

Alain Richir et Luc Heuchon 

Contact : alain.luc.richir.heuchon2@gmail.com 

Reproduction partielle autorisée à condition de citer la source.

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